À propos…

 

Un jour, je n’ai plus eu envie de forcer l’écriture.

Un jour, j’ai cessé de vouloir me consacrer à cet acte de suicide. Ce geste lancinant qui me crevait la loque, me répandait dans les fentes d’un divan-bouche, faisait de moi une fuite grasse, une dépression sans vent.

Je n’ai plus voulu plaire.

Je n’ai plus voulu faire ce qu’il faut.

Je n’ai plus voulu me perdre à réfléchir un monde n’existant que pour moi.

J’ai voulu: seulement vivre. Dans le monde. Et pour le monde. Faire partie de ce monde.
Aucun renoncement dans ce choix. Aucun échec. Aucune perte.

Qu’une levée.

Qu’une mise debout, une tenue droite, une mise fière. J’ai fait face aux gibets, aux bûchers. J’ai dit: pendez. J’ai dit: brûlez. Je serai ailleurs, quelque part sur la route. À entendre vos cris dans le hurlement rauque du moteur et les chants ondulants des pneus sur l’asphalte des autoroutes.

Si l’écriture subsiste, elle sera autre, et autrement. Elle sera vaine et tant pis. Elle sera d’elle-même, hachurant les roulières, détournant les avenues. Je n’aurai rien voulu. J’aurai subi, joyeusement, enfin, de nouveau, cette torture calme qui m’a fait aimer l’écriture, autrefois. Ce besoin de raconter. De dire. D’une façon mienne. Et rien de plus.

J’ai pris la route au volant d’un semi-remorque en février 2016. J’ai hésité longtemps avant de me tourner à nouveau vers une diffusion de ce que j’écris. Parce que j’étais terrorisé.

J’avais peur de forcer quelque chose. Je ne forcerai rien.

J’avais peur de perdre mon temps. Je ne compterai pas.

J’avais peur d’ennuyer. J’ai apprivoisé l’ennui.

Dans ce blogue, qu’il faut voir comme un laboratoire, je parlerai sans aucun doute de cette réalité nouvelle, de ces miles qui filent, minute par minute, entre les coups de vent, les doigts d’honneur, les Truckstop et les douanes. Je parlerai sans doute de ces paysages, de ces gens, de ce monde qui existe enfin. Mais je ne me restreindrai à rien. Je ne fermerai plus jamais de porte, de coffre, de valise, de cadenas. Il y aura une place pour tous les mots qui viendront. Sans frein. Sans limite de poids.

(H)auteur libre, à la confluence de ma vie d’écrivain et de ma vie de camionneur ne s’adresse pas particulièrement à ceux qui ont aimé me lire jusqu’ici. Non plus exclusivement aux camionneurs.

Il s’agit plutôt d’un laboratoire d’écriture ouvert au public. Un lieu de naissance.  Une boîte de pétrie où je jetterai quelque ingrédient pour voir naître d’éventuelles inflorescences. Qui viendront ou ne viendront pas.

J’accepte d’y manquer mon coup.

J’accepte d’y être critiqué.

J’accepte d’y trouver le silence. Je vis bien avec le silence, aujourd’hui.

Aujourd’hui.

Je suis Jean-François Caron, écrivain et professionnel de la route. Et vous venez de croiser mon chemin.

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